Clinique PsychoÉducAction

Temps d’écran et santé mentale  

L’impact du temps d’écran sur la santé mentale

Temps d’écran qui augmente chez nos jeunes, quel lien faire avec la santé mentale  

Par Thinhinane Ould Younes, M. ps.éd., Vice-présidente de la clinique PsychoÉducAction

Comprendre les effets du temps d’écran chez les jeunes et agir en famille 

Les écrans occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie quotidienne. Téléphones intelligents, tablettes, ordinateurs et télévisions rythment les moments d’éveil, tant chez les enfants que chez les adultes. Leur présence s’est normalisée au point où le temps d’écran dépasse souvent les heures de sommeil ou de socialisation directe. Si cette évolution reflète l’adaptation technologique de la société moderne, elle soulève également des préoccupations croissantes sur le plan de la santé mentale, du développement cognitif et du fonctionnement familial. 

Des données récentes indiquent que les jeunes Canadiens consacrent en moyenne plus de sept heures par jour à des activités récréatives sur écran, incluant les médias sociaux, le visionnement de vidéos et les jeux (Santé Canada, 2025). Cette exposition prolongée est liée à une hausse des symptômes de détresse psychologique, à des difficultés de régulation émotionnelle et à une altération de la qualité du sommeil (Twenge et al., 2024). 

La psychoéducation, en tant qu’approche centrée sur le développement des capacités adaptatives, propose des moyens concrets d’intervention pour prévenir ces effets et soutenir les familles dans la recherche d’un équilibre entre le numérique et la vie quotidienne. 

L’impact du temps d’écran sur la santé mentale

L’impact du temps d’écran sur la santé mentale

Les effets du temps d’écran sur la santé mentale varient selon la durée, le contenu consommé et les caractéristiques personnelles de l’individu. Les études longitudinales montrent une relation dose-dépendante entre l’usage d’écrans et certains indicateurs de bien-être : plus le temps d’écran est élevé, plus les risques de troubles émotionnels, de baisse de motivation et d’anxiété augmentent (Twenge & Campbell, 2023). 

Les jeunes en particulier semblent plus vulnérables à ces effets. Durant l’adolescence, le cerveau est en pleine maturation et les circuits liés à la récompense et à la régulation émotionnelle sont particulièrement sensibles aux stimuli numériques. L’exposition répétée aux notifications, aux comparaisons sociales et à la gratification instantanée peut influencer la tolérance à la frustration, l’estime de soi et les comportements d’évitement (LeBourgeois et al., 2024). 

Santé Canada (2025) rapporte que les adolescents qui passent plus de deux heures par jour devant des écrans récréatifs sont significativement plus nombreux à présenter des signes de détresse émotionnelle, notamment de la tristesse persistante, des difficultés de concentration et une fatigue mentale. 

Cependant, il convient de nuancer : ce ne sont pas les écrans en eux-mêmes qui posent problème, mais la qualité et la régulation de leur usage. Les études distinguent en effet les usages dits actifs (création, apprentissage, communication) et les usages passifs (défilement automatique, consommation de contenus sans interaction). Les premiers sont associés à des effets neutres, voire positifs, alors que les seconds sont corrélés à une baisse du bien-être subjectif et à une tendance à l’isolement (Twenge et al., 2024). 

Sur le plan neurobiologique, la surexposition aux écrans, notamment avant le coucher, perturbe la sécrétion de mélatonine et altère la qualité du sommeil (LeBourgeois et al., 2024). Cette privation chronique de sommeil contribue à l’irritabilité, à la diminution des capacités attentionnelles et à la baisse de la régulation émotionnelle, autant de facteurs reconnus comme aggravants pour la santé mentale. 

Quand l’équilibre familial est en jeu 

L’usage des écrans ne se limite pas à un comportement individuel ; il influence aussi les dynamiques familiales et la qualité des relations interpersonnelles. Plusieurs études récentes décrivent le phénomène de “technoference”, soit l’interférence technologique dans les interactions humaines (Coyne et al., 2023). Ce concept renvoie aux interruptions fréquentes de la communication causées par les appareils électroniques, un parent qui consulte son téléphone pendant une discussion, un repas où chacun regarde un écran, ou une activité familiale entrecoupée de notifications. 

À long terme, cette fragmentation du temps partagé altère la disponibilité émotionnelle entre les membres de la famille et diminue la cohésion relationnelle. Les enfants peuvent percevoir ces moments d’inattention comme une forme de désintérêt ou d’invalidation, ce qui fragilise le sentiment de sécurité affective. 

Chez les parents, la gestion du temps d’écran des enfants devient souvent un enjeu de tension. Les divergences entre conjoints sur les règles à imposer, la fatigue liée à la surveillance constante et la culpabilité de ne pas parvenir à établir des limites cohérentes accentuent la charge mentale. Or, la cohérence parentale constitue un facteur de protection majeur : lorsque les adultes adoptent une approche unifiée, claire et prévisible, le climat familial s’en trouve apaisé (Gendreau, 2019). 

Le défi actuel réside donc moins dans la quantité d’écrans que dans la qualité du dialogue autour de leur usage. L’établissement de moments sans écrans, la mise en place de routines familiales stables et la reconnaissance mutuelle des besoins de chacun constituent des leviers essentiels pour préserver la santé mentale collective. 

Les 5 stratégies pour réguler l’usage des écrans 

L’approche psychoéducative propose d’agir sur les comportements à partir de l’observation, de l’analyse fonctionnelle et de la co-construction des règles. L’objectif n’est pas de restreindre, mais d’outiller la personne et son milieu pour favoriser une régulation autonome et durable. 

1. Observer sans juger 

Avant d’imposer des changements, il est recommandé d’observer les habitudes numériques  

  • À quels moments les écrans sont-ils utilisés ?  
  • Pour quelles fonctions ?  
  • Dans quels états émotionnels ?  

Cette observation permet d’identifier les déclencheurs (ennui, anxiété, recherche de réconfort) et d’ajuster les interventions en conséquence (Gendreau & Potvin, 2020). 

2. Co-construire les règles 

Les règles sont plus respectées lorsqu’elles sont élaborées avec les enfants et adolescents plutôt que pour eux. Impliquer les jeunes dans la définition des temps d’écran, des horaires sans téléphone ou des conséquences favorise la responsabilisation et réduit les résistances. Cette approche collaborative renforce aussi le sentiment de compétence parentale. 

3. Favoriser la communication ouverte 

Les écrans sont souvent un lieu d’expression émotionnelle et sociale. Plutôt que de diaboliser le numérique, les parents peuvent s’y intéresser : demander ce que l’enfant regarde, pourquoi il apprécie une plateforme, ce qu’il en retire. Cette attitude d’ouverture permet d’aborder la question de manière non menaçante et de renforcer la confiance mutuelle. 

4. Modéliser l’équilibre 

Les enfants apprennent par imitation. Si les adultes vérifient constamment leurs messages ou apportent leur téléphone à table, l’enfant intégrera ce modèle comme norme implicite. La régulation doit donc être familiale, non unilatérale. 

5. Ajuster avec souplesse 

Les règles peuvent évoluer selon les contextes : périodes d’examen, vacances, maladie ou changements de routine. Une approche trop rigide augmente la résistance et la culpabilité, tandis qu’une approche flexible soutient la collaboration et la durabilité des comportements (Gendreau & Potvin, 2020). 

En somme, la régulation efficace des écrans repose sur la prévisibilité, la participation et la constance. Elle vise à renforcer les compétences adaptatives, non à imposer une conformité. 

Les bénéfices d’un usage réfléchi 

Il est important de reconnaître que les écrans, lorsqu’ils sont utilisés consciemment, peuvent être porteurs d’opportunités. Plusieurs études démontrent que les plateformes numériques peuvent favoriser l’apprentissage, la créativité et le lien social, surtout lorsqu’elles sont encadrées par un adulte ou intégrées à des activités structurées (Rideout & Robb, 2023). 

Les adolescents, par exemple, trouvent parfois dans les communautés en ligne un espace de partage et de compréhension qu’ils peinent à retrouver dans leur environnement immédiat. Pour certains jeunes présentant de l’anxiété sociale ou des difficultés de communication, ces environnements numériques représentent un terrain d’expérimentation identitaire et de connexion émotionnelle. 

Dans une perspective psychoéducative, il s’agit de transformer l’outil numérique en levier d’adaptation : encourager les projets créatifs, l’utilisation d’applications de pleine conscience, la participation à des plateformes éducatives ou collaboratives. Ces usages actifs contribuent à renforcer le sentiment de compétence et l’estime de soi, tout en réduisant l’exposition aux contenus anxiogènes. 

Quand consulter un professionnel 

Malgré les efforts parentaux, certains jeunes développent une relation problématique aux écrans. Les signes à surveiller incluent : isolement social, irritabilité marquée lors du retrait des appareils, désintérêt pour les activités hors ligne, troubles du sommeil ou désorganisation du rythme de vie. Ces manifestations peuvent refléter une difficulté sous-jacente de régulation émotionnelle ou une recherche de contrôle à travers le numérique (Twenge & Campbell, 2023). 

Dans de telles situations, une évaluation psychoéducative peut s’avérer utile. Le psychoéducateur analyse la fonction du comportement (ce que l’écran permet ou compense) et élabore un plan d’intervention axé sur l’équilibre des sphères de vie. L’accompagnement vise à renforcer les capacités d’autorégulation, à rétablir les routines et à soutenir la communication familiale. 

À la Clinique PsychoÉducAction, l’intervention s’articule autour d’une compréhension systémique : l’usage des écrans est abordé non comme un problème isolé, mais comme un indicateur du rapport global à la gestion du stress, à la motivation et aux relations interpersonnelles. (JE NE SAIS PAS SI C’EST BIEN DE LAISSER ÇA ICI ?)  

Conclusion 

Les écrans font désormais partie intégrante du développement social et culturel. Le défi n’est pas de les éliminer, mais d’apprendre à les intégrer avec discernement. Une régulation efficace repose sur la connaissance de soi, la cohérence parentale et l’équilibre entre les besoins de stimulation et de repos. 

La psychoéducation rappelle que toute adaptation passe par l’observation, la compréhension et l’ajustement continu. Dans un monde numérique en constante évolution, soutenir la santé mentale des jeunes signifie leur offrir les outils nécessaires pour naviguer entre le virtuel et le réel, sans perdre le sens du lien humain. 

Références 

Coyne, S. M., Padilla-Walker, L. M., & Holmgren, H. G. (2023). Technoference and family functioning: A review of recent findings. Journal of Family Psychology, 37(2), 145–158. 

Gendreau, P. (2019). Les fondements de la psychoéducation : Observation, interaction et adaptation. Montréal : Éditions du CHU Sainte-Justine. 

Gendreau, P., & Potvin, P. (2020). La psychoéducation en contexte familial : principes et applications cliniques. Québec : Presses de l’Université du Québec. 

LeBourgeois, M. K., Hale, L., Chang, A. M., Akacem, L. D., Montgomery-Downs, H. E., & Buxton, O. M. (2024). Digital media and sleep in youth: Evidence, mechanisms, and future directions. Sleep Medicine Reviews, 69, 101746. 

Rideout, V., & Robb, M. B. (2023). The Common Sense Census: Media Use by Tweens and Teens, 2023. Common Sense Media. 

Santé Canada. (2025). Temps d’écran récréatif et santé mentale chez les enfants et adolescents canadiens. Agence de la santé publique du Canada. 

Twenge, J. M., & Campbell, W. K. (2023). Generations: The real differences between Gen Z, Millennials, Gen X, Boomers, and Silents—and what they mean for America’s future. Atria Books. 

Twenge, J. M., Martin, G. N., & Spitzberg, B. H. (2024). Trends in mood and social media use among adolescents, 2010–2023. Computers in Human Behavior, 155, 108182. 

Ces références soutiennent les recommandations générales ci-dessus. Elles n’épuisent pas le sujet et ne remplacent pas une évaluation clinique individualisée. 

Thinhinane Ould Younes, M. Pséd. 

Psychoéducatrice, Vice-présidente de la Clinique PsychoÉducAction 

Clinique PsychoÉducAction – Psychologie, psychoéducation et psychothérapie pour enfants, adolescents, adultes et familles à Montréal et sur la Rive-Sud. 

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